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Le mouvement décroissant - résumé de l'entretien

 

L'introduction porte sur le tourisme spatial alors que quelques jours avant son enregistrement un inconnu avant déboursé 28 millions de dollars pour accompagner Jeff Bezos dans son premier vol. Loin d'être enthousiasmée par ces prouesses, pour Agnès Sinaï il est aujourd'hui important de "prendre soin de la Terre".

La décroissance, définition et origine

Dans un premier temps l'entretien porte sur la définition des concepts de croissance et de décroissance. Alors que le premier terme recouvrirait uniquement des aspects économiques, le second au contraire, différent de la notion de récession, est pour Agnès Sinaï un mouvement qui propose une vision globale de la société, mettant en avant la sobriété. 

Nous évoquons par la suite les travaux précurseurs à l'origine de ce concept, particulièrement le rapport "The limits to growth" rédigé pour le Club de Rome en 1972. La journaliste et enseignante retrace à cette occasion, de manière plus large, la rédaction de ce rapport dans le développement économique fulgurant survenu après la seconde guerre mondiale (avec le plan Marshall) et les menaces associées (particulièrement le bombe atomique). L'idée centrale étant alors que "les limites des ressources vont interférer avec la croissance économique".

L'évaluation du niveau de ces limites et des ressources disponibles s'appuie aujourd'hui  sur des travaux scientifiques bien plus précis que par le passé. Agnès Sinaï cite à cette occasion les travaux de synthèse du GIEC ou encore ceux du Stockholm Resilience Center. La question centrale étant pour elle le niveau d'acceptation des limites par nos sociétés.

Décroissance, économie circulaire et croissance verte

Actuellement, le mouvement de la décroissance porte un regard critique sur les notions d'économie circulaire, de croissance verte et même de transition écologique, ces alternatives constituant pour elle des sortes " de travestissement d'un modèle qui reste fondé sur l'encouragement à la consommation" puisque l'économie reste focalisée sur le "binôme production/consommation". Ainsi, si effectivement le principe de l'économie circulaire peut sembler intéressant, cette notion n'a pas de réalité possible en dehors d'un cadre décroissant, notamment en raison des difficultés de recyclage.

Autre difficulté rarement abordée, celle de l'effet rebond. Agnès Sinaï explique cette notion comme le constat que d'une manière générale, les économies réalisées grâce à l'efficience croissante des objets (elle prend l'exemple de la diminution de la consommation des voitures), ne conduisent pas à une baisse globale de la consommation de ressources puisque les économies réalisées à un endroit sont réinvesties à un autre. Ainsi, l'efficience des moteurs conduit par exemple à une augmentation de l'utilisation des véhicules ou à l'achat d'autres objets.

La décroissance dans nos vies

Après l'aspect très matériel, l'entretien aborde les aspects plus sociaux de la décroissance, particulièrement la moyennisation des modes de vie qu'elle implique, la diminution des inégalités  et l'arrêt de la sollicitation incessante du désir. Agnès Sinaï expose ainsi l'ambition personnelle qu'implique la décroissance :"réduire ses besoins au profit de plus de liens". L'objectif final étant de disposer de plus de temps libéré, non pas pour consommer "mais pour être, se balader, cultiver son jardin" avec l'idée que "toute la vie ne repose pas sur le fait de consommer et produire".

A propos du mot de décroissance, dont l'inconvénient est de ne pas rendre compte de ces dimensions, la journaliste et enseignante le considère effectivement comme un "mot obus, provocateur", dont l'avantage est de ne pas pouvoir être récupéré.

Décroissance, politique et Etat

Politiquement, Agnès Sinaï considère que la prise de mesure coercitives serait la bienvenue compte tenu de l'urgence actuelle. Non pas en instaurant un régime tyrannique non démocratique mais en utilisant le droit et la justice. Elle cite entre autres les travaux de la Convention Citoyenne sur le Climat qui ont abouti à la proposition de mesures fortes qui remettraient surtout en cause le mode de vie des plus riches. A ses yeux, de telles mesures sont d'ailleurs essentielles pour conserver un Etat de droit au regard des déstabilisations que va provoquer le changement climatique. 

L'entretien porte ensuite sur la notion de Communs "qui interrogent la notion de propriété privée" et sur la place que le mouvement décroissant réserve à l'Etat. Ces débats n'étant pas tranchés à ce jour, Agnès Sinaï explique les différentes options politiques qui agitent et divisent, entre décentralisation au niveau des communes, régulation par l'Etat ou encore renforcement des législations internationales.

Dans le contexte politique français, nous évoquons le lien entre écologie et décroissance en partant de la candidature écologiste de René Dumont à l'élection présidentielle de 1974 qui portait un discours décroissant. 

Au sujet du profil des militants de la décroissance, Angès Sinaï considère qu'il s'agit de "personnes critiques, pas spécialement aisées" mais qui ont eu accès à l'éducation, ont du temps pour se renseigner et "ne souhaitent pas passer leur vie à la gagner".

Quelle traduction internationale ?

L'entretien se termine sur des thématiques internationales, avec notamment l'évocation de la notion de développement, très critiquée par le mouvement décroissant pour la manière dont les pays du Nord s'en sont emparé afin de prendre un ascendant sur les pays du Sud.

En toute fin d'entretien, Agnès Sinaï porte un regard critique sur le journal "La Décroissance", trop en recherche de pureté idéologique à ses yeux.

Agnès Sinaï est journaliste, autrice, cofondatrice de l'Institut Momentum consacré à "l'Anthropocène et ses issues" et également professeur à Science Po sur le thème de la décroissance.